[Post Mortem] Candidature ENJMIN

Posté par Mickaël le 16 nov 2008 dans A propos de moi..., ENJMIN, box12 commentaires

Un post mortem est un regard sur une expérience passée, quelle qu’elle soit. L’expression est habituellement utilisée pour désigner un article fait par un développeur à propos d’un projet auquel il a participé et dans lequel il liste ce qui a marché et ce qui n’a pas marché, ce qui lui a plu et ce qui lui a moins plu.

 

Pourquoi cet article?

Pour plusieurs raisons. La première est que lorsque j’ai préparé ce concours, j’aurais aimé trouvé ce genre d’article. Savoir ce que mes prédécesseurs avaient fait et connaître le regard qu’ils portaient sur leur travail m’aurait surement aidé. La seconde est que je suis plutôt satisfait de ce que j’ai produit. Déjà parce que ça m’a permis d’atteindre mon but vu que j’ai été recruté. Ensuite parce qu’étant donné que je n’ai pas eu l’impression de produire un écrit (2ème phase de recrutement) et un oral (3ème phase) de haute volée, j’imagine que mon dossier m’a bien aidé. De plus, étant donné que tout ces dossiers ont été produits dans le cadre d’un concours d’admission, j’ai fait attention qu’ils me reflètent réellement. Pour finir, j’espère que cela me permettra d’avoir des retours critiques de pas mal de personnes différentes, chacun ayant son regard propre sur les choses. Peut être que cela ouvrira des discussions intéressantes.

Le contenu de cet article ne prétend pas être une vérité absolue mais étant donné que mes deux dossiers m’ont permis d’aller jusqu’à l’oral, je pense les avoir bien abordés. C’est juste le témoignage d’une expérience personnelle et d’autres ont relevé ce même défi avec une approche totalement différente. Chacun doit trouver la sienne.

 

Rappel du contexte.

La première partie du concours de recrutement de l’ENJMIN est l’élaboration en 6 semaines d’un dossier contenant une partie classique (CV + Lettre de motivation) et une partie plus originale sur un sujet donné chaque année (photo, film, citations, livre…). En l’occurrence, il s’agissait du film de Jean-Luc Godard : « One + One (Sympathy for the Devil) ».

 

Postulant dans deux spécialités (expliqué après), je devais donc produire 2 CV, 2 lettres de motivation, un projet de jeu (8 pages environ, commun aux deux dossiers), un dossier de spécialité « Chef de Projet » et un dossier spécialité « Game Design ».

 

Postuler dans deux spécialités?

A l’origine, j’ai une formation d’analyste programmeur et d’assistant chef de projet. Je voulais donc compléter ma formation par une formation en game design afin d’avoir un éventail de compétences plus large. De plus, je participe parfois à certains projets en tant que game designer. Cependant, ce qui m’intéresse réellement, c’est la gestion de projet et d’équipe : le management. Finalement, c’était aussi peut être l’occasion d’avoir une cartouche supplémentaire dans ce concours : si l’un ne passe pas, il en reste encore un autre.

Il est évident que postuler dans deux spécialités est à double tranchant. On peut donner l’impression de ne pas savoir ce que l’on veut. Donc la première chose est d’être clair : « Mon projet professionnel est le suivant et dans l’idéal je voudrais faire telle formation. Cependant, cette autre formation peut m’aider à atteindre mes objectifs à terme et je pense en être capable. »

Faire deux dossiers permet aussi d’avoir plus de lattitude pour s’exprimer et montrer différentes facettes de soi. Il est important d’avoir conscience que les dossiers sont corrigés par des personnes différentes en fonction des spécialités, ce qui peut inclure le fait que ce soit considéré comme deux candidatures différentes et qu’il n’y aura aucune sinergie entre les deux.

Au final, je suis content d’avoir fait deux dossiers puisque j’ai atteint mon objectif : j’ai été recruté dans la spécialité que je souhaitais. Mais je ne conseillerais pas d’en faire autant. La masse de travail pour réaliser un dossier de qualité est très importante… alors même si en faire un deuxième ne double pas forcément la charge de travail (certaines choses se recoupent, notamment le dossier de projet de jeu), cela devient compliqué et demande beaucoup de temps et d’énergie. Il vaut mieux faire un unique dossier mais paufiner jusque dans le moindre détail que deux bons dossiers qui collectionnent les petites imperfections.

 

Organisation générale.

La première chose est évidemment de s’organiser : se fixer un objectif et identifier ce qui nous permettra de l’atteindre. Que faire? Pourquoi? Quand? Comment? Je pense qu’il faut rapidement prendre conscience qu’une fois le sujet donné, il reste 6 semaines pour tout envoyer. Même si c’est une période honnête pour produire un dossier comme celui attendu, il est préférable de prendre les devants. Pour une partie du dossier, il n’est pas nécessaire d’avoir le sujet : CV, lettre de motivation, voire certaines parties des dossiers de spécialité. Ces éléments doivent être achevés, au minimum bien avancés, pour pouvoir se concentrer totalement sur l’élaboration des parties relatives au sujet. C’est une façon de se mettre à l’abri des mauvaises surprises de la vie (problèmes de santé, vie professionnelle ou étudiante surchargée…).

Il est aussi important d’avoir « les bons outils ». Même si le contenu est prédominant, le soin apporter à la présentation du dossier est primordial : il démontre en partie la motivation et la capacité de travail. La dernière version de Microsoft Office (2007) est réellement un bon outil qui permet de faire des choses soignées sans trop d’efforts et de compétences. Et cela commence dès la page de garde.

Mais cela concerne aussi le support physique du dossier : qualité de papier et d’impression, relié ou agraphé, etc… Personnellemenet, j’ai choisi de le mettre dans un cahier avec des pochettes transparentes pour deux raisons principales : éviter toute catastrophe naturelle (feuille déchirée ou salie…) et pouvoir changer une feuille même au dernier moment. En y mettant un peu le prix, on peut trouver des cahiers qui présentent très bien. Cependant, si le jury est un peu « conservateur », le risque est d’avoir une petite remarque à l’oral du type : « c’est pas relié mais bon… ». Ce n’était pas mon cas, mais c’est arrivé sur d’autres oraux (puis en plus s’ils veulent annoter, ils sont obligés de sortir la feuille…). Bref, sourire, toujours sourire dans ces cas là.

Il est possible que l’on doive se procurer un livre ou un dvd en fonction du sujet. Au total, l’argent dépensé pour ce concours n’est pas anecdotique (+ les frais de dossiers), donc si le budget habituellement est limité, c’est à prévoir mais je suis d’avis de « ne pas trop compter ». Ce qui sera depensé sera un investissement sur soi même et il n’y a pas meilleur investissement.

 

La partie anticipable.

Faire un CV et une lettre de motivation pour un concours d’admission n’est pas très différent que pour un job. « Regardez qui je suis, je vais vous expliquer pourquoi moi plutôt qu’un autre ». Ces deux éléments ne sont que des détonateurs, la puissance de l’explosion sera surtout déterminée par le parcours effectué jusqu’ici. Il faut simplement le mettre en valeur en fonction de l’objectif. C’est pour cette raison que mon CV pour le dossier « Chef de Projet » et mon CV pour le dossier « Game Design » sont différents. Le contenu de ces éléments est déjà fixé et si on n’en n’est pas satisfait, il fallait y penser avant et prendre les choses en main, il est trop tard pour s’en plaindre. La scène est figée, il faut maintenant trouver le bon angle de caméra et les bons éclairages.

Certaines parties du dossier de spécialité peuvent être anticipées. Mais je les aborderai plus loin.

 

Le projet de jeu.

Le projet de jeu doit avoir pour inspiration le sujet proposé. Personnellement, j’étais très peu familier de Jean-Luc Godard et de la période 68. J’ai donc regardé le film, plusieurs fois, fait des recherches pour m’en imprégner. J’en ai extrait des thèmes universels que j’ai décidé de traiter dans un concept de jeu. La consigne indique que dans le document doit décrire en 3 à 5 pages : le principe général du jeu, des éléments de scénario et des principes de navigation et les éléments particulièrement originaux de la conception visée. J’ai donc réellement voulu « répondre à la consigne » et échapper au « hors sujet ». Cependant, un autre danger relié au « hors sujet » était de ne pas traiter du film proposé, j’ai donc pris le temps d’expliciter le lien. A partir de là, j’ai pu, de façon débridée, commencer à m’exprimer et à montrer mon univers de conception, à mettre en avant ma créativité. La seule contrainte était les limites de longueur imposées qui est une contrainte utile car elle évite de noyer les qualités au milieu d’idées plus ternes et oblige donc à faire des choix. Je me suis appliqué à prendre un jeu dans sa globalité : créer une base pour une « propriété intellectuelle » (grand défi de l’industrie), l’allier à un gameplay à la fois original et accessible (j’en suis moins satisfait) et à un business modèle adapté (autre grand défi de l’industrie), en l’occurrence la distribution par épisodes.

 

Les dossiers de spécialité.

Le dossier de Game Design.

Le dossier de Game Design doit détailler en une vingtaine de pages un ensemble d’éléments du jeu : le choix et la structure des niveaux de jeu, les mécanismes essentiels du jeu, les personnages, un schéma de l’univers de navigation, des points essentiels à respecter dans les chartes graphiques et sonores. Je me suis appliqué à détailler mon propos de façon claire : utilisation de graphiques et schémas, illustrations provenant de divers média (cinéma, télévision, jeux…) mais la partie la plus compliquée a été de détailler les mécanismes de gameplay. Je ne suis pas entièrement satisfait de cette partie. Si les mécanismes alliaient correctement les innovations et les mécanismes traditionnels, je ne suis pas persuadé de leur « facteur fun » (surtout une fois adapté à la clientèle cible) mais ça ne pourrait être déterminé qu’à l’aide d’un prototype. Globalement, l’objectif était de décrire un projet crédible et cohérent. Je pense que l’objectif est atteint de ce côté là.

Le dossier de Chef de Projet.

La consigne du dossier de spécialité de « Chef de Projet » était la suivante :

« En qualite de chef de projet, vous allez etre confronte a des situations de management des personnes et d equipe. Nous vous demandons  d identifier et de developper un argumentaire concernant les principes majeurs qui favoriseront la motivation de vos collaborateurs. Nous vous demandons aussi d imaginer que vous devez faire un choix entre d une part vous appuyer sur une proposition tres creative d une partie de l equipe mais discutee par les autres membres, d autre part adopter une position plus consensuelle mais moins originale: quelle serait votre position de responsable? »

La première version de la première partie de ce document était quasiment un exposé sur les théories de la motivation qui m’étaient familières étant donné que j’avais eu des cours à ce sujet. Après l’avoir fait lire par mon entourage, j’ai compris que ce n’était pas quelque chose de personnel, qu’on aurait pu lire ça dans un bouquin ou sur un site internet. J’ai donc repris de zéro en essayant d’apporter des réponses personnelles en fonction de ce que je vivais au travail et de ce que j’avais appris en cours. La seconde partie concernant l’arbitrage m’a permis de mettre en avant l’utilisation de méthodes, de processus. Le plan apporte une réponse claire à chacune des deux questions. « Comment motiver? » => « Améliorer le cadre de travail, renforcer la cohésion d’équipe et reconnaître le travail ». « Comment arbitrer? » => « Dialoguer, mesurer, décider et communiquer ». En s’appliquant à tout justifier et à donner des exemples, le résultat est plutôt probant d’après moi. En tout cas, j’en suis satisfait.

 

Demander de l’aide.

Quand on passe tant de temps sur le même travail, il devient difficile de prendre du recul sur les choses et de rester objectif. J’ai donc demandé de l’aide autour de moi : famille, ami et relations. Premièrement, ça permet de repérer les passages qui sont obscures, dont on a du mal à comprendre le sens. Deuxièmement, cela apporte un regard critique sur votre travail. Même si j’y ai porté de l’intérêt, globalement, je ne changeais pas mon propos, au mieux l’enrichissait, au pire le laissais tel quel. Troisièmement, il n’y a pas meilleur correcteur orthographique. J’en profite d’ailleurs pour remercier tout ceux qui m’ont apporté leur aide et je pense qu’il s’agit d’un des processus qui a apporté le plus de valeur dans l’élaboration des dossiers.

 

Conclusion

Le dossier était fait dans le cadre d’une candidature d’admission, il devait donc contenir des éléments qui justifieraient l’attribution d’une place à moi plutôt qu’à un autre. Je pense que chaque partie du dossier montre une partie de moi, différentes facettes tout en gardant un certain fil rouge.

Dans cet article, je ne suis pas rentré dans le détail du contenu des éléments, mais ce serait quelque chose d’envisageable, dans un autre article ou dans les commentaires de celui-ci. Le sujet de cet article était réellement de jeter un regard sur ce moment important de mon parcours, ce moment qui a initié le mouvement de bascule entre « Je veux travailler dans le jeu vidéo » et « Je fais des études qui me permettront de travailler dans le jeu vidéo ».

Et vous? Comment abordez vous un processus de recrutement? Qu’est ce qui vous parait important à évoquer à propos de ces moments là? N’hésitez pas à ouvrir un débat, apporter un témoignage ou partager une opinion.

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12 commentaires

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  1. Je pense qu’il manque les liens directs vers les dossiers spécifiques aux colorations !

  2. Rajoutés ;-)

  3. Bonjour Mickaël,
    Je tiens tout d’abord à te remercier pour ce site, notament pour cet article clair et enrichissant.
    J’aimerai que nous fassions connaissance, je suis musicien et suis désireux de te poser plusieurs questions car je compte postuler cette année dans la conception sonore et je dois bien admettre que tout comme tu semble l’avoir fait: je compte bien demander le maximum d’aide autour de moi!
    Tu as mon mail…
    Bonne journée, merci par avance.
    Rémi

  4. Hello,

    Je t’ajoute sur msn pour que je puisse répondre à tes questions ;-)

  5. Salut,

    Merci d’avoir partagé ton expérience du concours. :)

  6. Encore merci pour toutes ces informations, ton expérience va beaucoup aider les postulants à ce concours et nous permettre, j’espére, de faire partie de l’aventure enjmin.Merci Beaucoup^^

  7. Bonjour MIckael,

    Merci pour ta générosité ! Moi qui suis à l’affut d’informations depuis plusieurs semaines, j’ai trouvé ton site, tes documents et tes intentions tres clairs et tres interessants.

    Tu vas donc entrer en deuxieme année en Game Design ? Jaimerais beaucoup discuter avec toi, si tu as un peu de temps.

    Je suis licenciée en réalisation audiovisuelle et j’aurais souhaité avoir des informations sur la coloration Game Design.
    Je n’aurai malheureusement pas le temps de tenter le concours cette année (trop de projets à terminer dans mon école) mais je meurs d’envie de m’orienter vers cette spécialité !

    Merci en tout cas !

  8. Bonjour Charlotte,

    Je suis en coloration Chef de Projet parce que ça correspond plus à mes capacités et à mes ambitions même si j’ai aussi passé les examens d’entrée pour la coloration Game Design.

    C’est dommage de ne pas tenter le concours cette année, ça doit passer avec un peu d’organisation. Quand je l’ai passé, je faisais des études en alternance ce qui signifie 35h/semaine + préparations des cours et autres projets. Ca s’est bien passé et ça valait vraiment le coup.

    Envoie moi tes questions par mail ou sur msn et j’y répondrai sans souci.

    Mickaël

  9. Bonjour,

    Tout d’abord, je te remercie pour ce site qui, je dois dire, a répondu à certaines de mes questions.

    Ceci étant dit, je continue de m’interroger sur un point : une fois ton dossier de game design accepté, est-ce que tu as pu savoir auprès du jury ce qui était bon et ce qui l’était moins ?

    Je demande ça parce que je trouve que le rapport entre ton dossier et le sujet d’inspiration (One+One) est assez abstrait. Okay, on y retrouve le côté intemporel, l’idée de lutte contre l’oppression (etc.), mais quoi ?! C’est suffisant ?! Quand ils parlent de « sujet d’inspiration », c’est donc au sens (très) large !?
    Je ne dis pas que ce que tu as fait est mauvais, loin de là (on voit que tu as bien turbiné), mais je ne pensais vraiment pas que le jury était aussi conciliant.

    Pierre-A. (un autre fasciné par Mirror’s Edge)

  10. Salut !

    Alors, je n’ai pas eu de retour au sujet de mes dossiers (très peu en ont eu).

    Oui, sujet d’inspiration, c’est large. D’après moi, ce qui compte, c’est de comprendre de quoi l’oeuvre traite et de se le réapproprier. Je suis d’accord avec toi, le lien est assez mince entre l’oeuvre de Godard et mon dossier mais j’en avais conscience et explicité la démarche (de « One + One » à mon dossier).

    Le jury n’est pas là pour regarder si on a bien respecté la consigne mais pour évaluer notre capacité à intégrer un groupe de travail semblable à une équipe de développement de jeu vidéo à la place qu’on ambitionne (celle de notre spécialité).

    Bon courage pour les exams.

    MiKA

  11. Bonjour Mickaël,

    Comme les autres visiteurs de ton site avant moi, je ne peux que saluer ton initiative de mettre en ligne tes dossiers de candidatures avec les explications. Très utile !

    J’avais eu l’occasion de te croiser lors de la journée Portes Ouvertes de l’Enjmin et j’espère pouvoir t’y croiser à nouveau l’an prochain (si tout se passe bien !).

    Bien cordialement,

    Pierre-Antoine

    PS : aucun rapport avec Pierre-A. qui a posté plus haut ;)

  12. Merci beaucoup pour cette expérience, très bonne idées d’avoir publier tes liens

    Je passe en L2 de cinéma, je passerais les concours en game design après ma licence ( en même temps que l’isart et supinfofame ) je te souhaite bon courage et de bonne vacance.
    Si j’ai des questions serait ce possible de t’en poser par mail ? Ce serait un plaisir de discuter avec toi

    Cordialement

    Lloyd

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